Sécurité internationale / Planète terre : Une bombe est cachée dedans
Gardez-vous de négliger votre planète, une bombe est cachée dedans. Beaucoup d’entre vous en connaissent l’endroit. Un peu de générosité, de tolérance, de solidarité et de confiance vous aideront à la désamorcer. (Ce n’est pas du Jean de La Fontaine même si l’on y retrouve un peu de la sonorité de son style.)
Si l’apparence de notre monde en ce début du 21ème siècle est triste, sa réalité, elle, est pire. “L’OTAN peine à trouver un nouvel ennemi. Au Proche Orient, Israël négocie une paix fictive avec elle-même. Al Qaïda bat de l’aile par-ci et prend de l’envol par-là. Les économies européennes s’effritent les unes après les autres. Les peuples du Sud croupissent sous le poids d’une misère toujours grandissante.”
Quel avenir pour l’Homme?
Au-delà de son apparente et naïve hétérogénéité, cet énoncé, qui pourrait aussi bien être un sujet de dissertation pour une classe de terminale, est avant tout une remise en cause de la prétendue complexité des problèmes auxquels sont confrontés les “grands hommes” qui dirigent notre monde.
Pourquoi tant de myopie volontaire. Pourquoi chercher des solutions, sans pouvoir les trouver, à des problèmes que l’on s’est volontairement crées. Une décennie après la fin de la guerre froide, le budget de l’OTAN s’est vu multiplier par trois alors que les peuples d’Europe nourrissaient légitimement l’espoir que cette accalmie des tensions internationales leur aurait permis une amélioration de leur qualité de vie et une plus grande sécurité dans leurs foyers.
Tout cela est triste et il le devient encore plus quand on sait qu’ailleurs les véritables préoccupations des autres peuples de la planète, la faim, la misère et la maladie sont toujours reléguées au second plan. Ils sont reportés de conférence en conférence depuis un demi-siècle comme ces maladies génétiques qui se transmettent de génération en génération.
A peine entamé, ce siècle aura étalé au grand jour un agenda plutôt sombre aux peuples d’une planète, elle-même, meurtrie, épuisée par les caprices de ses habitants. Un siècle où les germes des caractères les plus médiocres de l’homme semblent avoir atteint leur apogée de croissance et peuvent dégénérer d’un moment à l’autre parce que tous leurs garde-fous naturels ont été détruits. Ces garde-fous que sont la foi et la morale et qui ont toujours protégé l’esprit de l’homme de toutes les dérives, ont été longtemps négligés au profit des égoïsmes et de toutes les tentations obscènes de la vie.
Le manque de charisme et de clairvoyance de ses dirigeants ôteront aussi à ce siècle toute possibilité de prévenir une éventuelle troisième confrontation mondiale dont les ingrédients sont pourtant là, visibles, les détonateurs aussi. Le pire, c’est qu’arrêter un tel conflit, une fois enclenché, n’est pas évident non plus. Mais qu’à cela ne tienne, diraient les plus sadiques d’entre nous, une fois enclenchée, cette guerre mettra fin très vite à elle-même et empêchera toutes les autres à venir, car elle sera rapide, dévastatrice et surtout la dernière.
Le doute mine l’intelligence de l’homme. Il l’éloigne de la vérité, parce qu’il réduit la force de sa foi. Une fois réunis, les hommes, par la somme de leurs doutes, créent la méfiance, cette dernière secrète la suspicion et le cycle se termine souvent par un conflit.
OTAN, contre quel nouvel ennemi pointer ses armes?
L’OTAN, organisation dont le regard sur le monde semble être resté froid malgré le dégel des relations internationales amorcé depuis la fin du siècle dernier, cherche désespérément un objectif pour justifier les moyens militaires dont le gigantisme disproportionné commence à choquer les peuples occidentaux appauvris par la crise économique que traversent leurs pays.
La Russie, ennemie d’hier, est devenue plus conciliante et coopère même avec l’OTAN dans certaines parties du monde comme l’Afghanistan, par exemple. La Chine a choisi, quant à elle, l’arme économique pour s’imposer et réussit, au grand dam de l’Europe et du Japon, à devenir la deuxième puissance économique du monde. Les prémices d’armes nucléaires en Corée du Nord et en Iran sont encore trop douteux, et même primaires s’ils devaient exister, pour mériter le déploiement d’une telle armada.
Al Qaïda est un ennemi invisible, parfois virtuel, donc inaccessible aux armées conventionnelles. L’Islam, menace non avouée par les Occidentaux, mais présente dans la liste de leurs préoccupations, envahit les esprits mais n’occupe pas les territoires des Etats pour nécessiter d’en être délogée par la force.
A cette crise conjoncturelle que vit l’OTAN, s’ajoute une autre, existentielle, celle-ci, parce qu’elle dénote d’un manque de communauté d’analyses et même d’objectifs de ses membres qui se sont vus multiplier par deux en une décennie. Le manque de confiance, jadis sous-entendue entre certains d’entre eux, devient flagrant aujourd’hui et entame parfois même la fermeté de certaines de ses prises de positions. Les nouveaux membres issus de l’empire de l’ancienne Union soviétique n’ont pas ou pas encore confiance en la Russie. Ils en ont même peur.
La crise récente entre cette dernière et la Georgie est venue d’ailleurs conforter ces craintes. Cette méfiance n’est pas partagée par d’autres pays de la vieille garde qui voient en un éventuel rapprochement avec la Russie, un mal nécessaire pour faire contre poids à l’hégémonie américaine.
Sur un autre plan, la vieille Europe dirigée par la France et l’Allemagne ne laisse aucun espoir à la Turquie de rejoindre l’Union européenne. Cette dernière, forte de sa place géostratégique et de son poids politico – historique restaurés par son équipe dirigeante actuelle, refuse de donner à la fois son beurre et l’argent de celui-ci à une Europe qui la boude encore. Elle refuse ce rôle de “la Turquie d’après empire” servant de base militaire avancée aux frontières orientales de l’Europe. Elle exige un droit de regard légitime sur la manette de commande de tout éventuel bouclier de missiles installés sur son territoire.
Née d’une stratégie de dissuasion nécessitée par la menace de la guerre froide, l’OTAN serait-elle devenue aujourd’hui une organisation militaro – para -psychiatrique chargée de traiter la paranoïa d’une idéologie qui ne peut vivre sans ennemis?
Israël, le garnement gâté du 21ème siècle
Profitant de l’alignement total de l’Europe sur les Etats-Unis, l’éclatement de l’empire soviétique, de l’assouplissement des idéologies de certains Etats communistes ou tiers-mondistes (Chine, Inde…), des dissensions arabes et même intra palestiniennes, Israël le chouchou des Etats-Unis deviendrait-elle cette enfant gâtée de la planète, un garnement du 21ème siècle qui fait la nique à toute la communauté internationale, boude ses lois et crache sur ses valeurs?
Si la conjoncture internationale lui est favorable pour jouer à ce jeu, la sagesse et les leçons de l’histoire, lui dictent pourtant, elles, de se raviser de baisser la barre et de ne pas rire la misère des autres. Une paix négociée est toujours garante de pérennité alors qu’une grandeur bâtie sur la violence et le non respect du droit international, rend, le danger de chute, permanent. Une chute qui peut être douloureuse et sans compassion. L’histoire nous l’a prouvé à maintes reprises.
Ce conflit du Proche Orient est certes le germe potentiel d’un conflit international, mais il pourrait aussi en devenir un détonateur devant la complaisance des grandes puissances et l’arrogance de l’Etat d’Israël.
Al Qaïda, de la violence aveugle au terrorisme structuré
Al Qaïda, organisation terroriste pour les uns, mouvement extrémiste pour les autres, est née de cette nébuleuse d’après guerre froide où l’on s’est vite empressé de se débarrasser d’alliés devenus trop encombrants, de taupes trop mouillées, d’agents trop gourmands et parfois même ambitieux. Tous ces lambeaux tombés de cette explosion silencieuse se sont collés les uns aux autres pour finir comme une boule de neige incontrôlable et dont on se souciait si peu, à l’époque, de la trajectoire, pensant naïvement qu’elle allait fondre comme tout le reste dans la tiédeur d’un monde désormais débarrassé de la guerre froide.
Il n’en fût pas malheureusement ainsi et c’est, paradoxalement, dans les parties les plus chaudes de la planète que cette boule se renforçât et recueillît d’autres lambeaux issus, ceux-là, d’explosions, de catastrophes et de cataclysmes oubliés, parfois millénaires, pour devenir encore plus énorme et plus menaçante. A cet instant là et à ce niveau de menace, “ils” commenceront, alors, à s’en soucier. C’est aussi à cet instant, qu’elle commencera elle-même à se rendre compte de sa capacité de nuisance, à se défaire de ses lambeaux encombrants pour se structurer et focaliser son action sur des objectifs sensibles et surtout visibles afin de confirmer son existence.
Aujourd’hui, l’action d’Al Qaïda semble se limiter à certaines contrées faibles comme le Sahel, le Yémen ou dans des pays en déliquescence comme l’Irak et l’Afghanistan. Elle recentre son action comme pour se reconstruire et reprendre du souffle. Et c’est là où apparaît un paradoxe flagrant: ce sont les armées du monde “civilisé” qui semblent, dans une complicité perverse, préparer le terrain à Al Qaïda. Hier, c’était la Somalie, aujourd’hui l’Irak et l’Afghanistan, demain ce seront, peut-être, le Pakistan, le Yémen et le Soudan, avec ce dénominateur commun à tous, celui d’être des pays musulmans. Est-ce tout cela est juste un hasard?
Al Qaïda est un virus moderne, c’est donc un virus mutant mais différemment des autres virus crées en laboratoire, celui-ci ne s’attaque qu’à ses propres créateurs. Cela est aussi, peut-être, toujours un autre hasard?
L’ONU, un recours possible, oui mais comment?
C’est devant un tel défi que l’ONU actuelle apparaît plus que jamais comme ce «machin» vétuste, dépassé, créé jadis, selon les désirata des quatre grands vainqueurs de la deuxième guerre mondiale avec chacun son veto joker pour jouer une éternelle partie de poker où les mises ne sont autres que les destins des peuples, leurs richesses, mais aussi leur avenir.
La Chine les a rejoint, certes, plus tard, mais sans aucun capital physique, juste une bombe nucléaire qui lui confère le droit d’être membre du club. L’Inde avec sa bombe et son milliard d’habitants n’est toujours pas acceptée, car le faire, c’est devoir accepter aussi le Pakistan qui, bien que détenteur de la bombe et allié des Etats-Unis a, quand même, ce “défaut” d’être un pays musulman (par hasard).
Ce droit de veto, s’il ne peut pas être supprimé, doit au moins être pondéré par un vote des 2/3 ou même des ¾ de l’assemblée générale pour donner au jeu, un simulacre de vrai. Le conseil de sécurité doit cesser d’être un outil de légitimation des ambitions belliqueuses de certaines puissances. Il doit désormais, si son mode de fonctionnement est révisé, être présent en amont et en aval dans toutes les actions, initiatives ou projets qui engagent tous les peuples de la planète.
C’est ainsi et seulement ainsi, par une transparence et une plus grande justice dans son action, que les peuples de la terre reconnaîtront à l’ONU sa légitimité et lui voueront le respect qui donnera la crédibilité si nécessaire à son action. Le monde d’après guerre froide aura alors changé. L’espoir renaîtra à nouveau dans les cœurs des peuples. Des peuples désabusés, certes, mais friands d’un bonheur auquel ils n’ont jamais cessé d’aspirer.
- Ahmed Baba Deida
- Journaliste et diplomate
- Ancien conseiller spécial du DG de l’UNESCO
source : cridem


