Saccage des mausolées de Tombouctou : un djihadiste devant la justice internationale

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De mardi à mercredi, la Cour pénale internationale auditionne Ahmad Al Faqi Al Mahdi, un chef
touareg proche d’Al-Qaïda, soupçonné d’être à l’origine de la destruction à coups de pioche et de burin de dix édifices religieux de la cité du nord-Mali, en 2012.

C’est une première pour la Cour pénale internationale. De mardi à mercredi, le tribunal de La Haye auditionne le chef touareg Ahmad Al Faqi Al Mahdi, soupçonné d’avoir dirigé et pris part à la destruction de dix édifices religieux de Tombouctou pendant l’occupation du nord-Mali par des groupes islamistes en 2012. Selon le mandat d’arrêt émis à son encontre, l’homme, âgé d’une quarantaine d’années, est directement responsable des attaques menées entre le 30 juin et le 10 juillet 2012 contre neuf mausolées et Sidi Yahia, l’une des plus importantes mosquées de la «cité des 333 saints», classée à l’Unesco depuis 1988. Des saccages conduits à coups de pioche et de pied-de-biche qui avaient suscité l’indignation de la communauté internationale.

Ahmad Al Faqi Al Mahdi est le premier suspect arrêté dans le cadre de l’enquête ouverte par la CPI sur les violences de 2012 et 2013 au Mali. Mais il est également le premier djihadiste jamais écroué à La Haye et le premier prévenu poursuivi par la CPI pour la destruction d’édifices religieux. Durant ces deux jours d’audience préliminaire dite «de confirmation des charges», l’accusation devra convaincre la CPI que le dossier constitué contre le suspect justifie l’ouverture d’un procès.
Des «crimes de guerre» pour l’accusation

L’audience s’est ouverte ce mardi à 8h30. Et la procureure Fatou Bensouda a vite lâché le mot: selon elle, la destruction des mausolées de Tombouctou, «une attaque contre une population entière et contre son identité culturelle», constituent un crime de guerre. Une qualification conforme au Statut de Rome, qui établit les règles de fonctionnement de la CPI et définit comme crime de guerre «le fait d’attaquer ou de bombarder, par quelque moyen que ce soit, des villes, villages, habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus et qui ne sont pas des objectifs militaires».

Selon l’exposé de l’accusation, Ahmad Al Faqi Al Mahdi était l’un des chefs d’Ansar Dine, l’un des groupes islamistes radicaux associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui ont pris le pouvoir au nord-Mali en mars 2012. Au nom de la «lutte contre l’idôlatrie», le groupuscule djihadiste, aujourd’hui décimé, avait alors détruit quatorze des seize mausolées de Tombouctou. D’après RFI, l’homme, connu sous son nom de guerre Abou Tourab, était aussi le chef de la brigade des mœurs qui sévissait dans la ville. Vêtu à l’audience d’un long vêtement traditionnel blanc et portant des lunettes, le suspect, pour qui les procédures sont traduites en arabe, a écouté les charges de manière attentive, levant parfois un sourcil face aux déclarations de l’accusation, rapporte l’AFP.

Deux mois de délibérés

À l’issue de ces deux jours d’audience, la Cour aura deux mois pour rendre sa décision sur la tenue, ou non, du procès du chef djihadiste. L’ONG Open Society, citée par l’AFP, souhaite que cette procédure fasse jurisprudence «alors que la fréquence des attaques sur des monuments historiques et culturels augmente en Syrie et ailleurs».

En février 2016, grâce au savoir-faire de maçons locaux, les quatorze mausolées de «la perle du désert» ont pu être reconstruits à l’identique. Pour autant, certaines organisations craignent que justice ne soit jamais rendue pour les victimes des autres crimes commis par les groupes islamistes. Viols, mariages forcés, mutilations… Plusieurs ONG appellent d’ores et déjà la CPI à élargir les charges contre Ahmad Al Faqi Al Mahdi.

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