Dubaï financerait-il Al-Qaida au Maghreb islamique ?

Pour la presse algérienne, l’attentat suicide perpétré le 8 août 2009 aux abords de l’ambassade française en Mauritanie est à relier aux récentes menaces d’Al-Qaida contre la France. Le quotidien l’Expression revient sur l’emprise croissante d’Al-Qaida sur le Sahel et le Maghreb grâce, affirme-t-il, à l’argent venant des Emirats arabes unis.

Les milliers de sites web islamistes, la multiplication des ressources financières et les connexions avec des groupes armés rebelles et contrebandiers ont donné à Al-Qaida la possibilité de s’installer progressivement dans la bande sahélienne. Ces derniers jours, un autre palier dans la montée du terrorisme a été franchi. Cette nébuleuse a signé son premier attentat suicide contre l’ambassade et les “intérêts” français à Nouakchott [capitale de la Mauritanie] quelques jours à peine après avoir proféré des menaces, via le Net, contre la France.

Outre l’exploitation de 6 000 sites web dont la plupart sont hébergés aux Etats-Unis et en Europe, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a réussi sa guerre médiatique grâce à la presse internationale. The New York Times a ouvert sa une avec l’entretien que lui accorda Abdelmalek Droukdel, chef de l’ex-GSPC, le 1er juillet 2008. La chaîne satellitaire qatarie Al Jazeera, par laquelle passaient tous les communiqués de la nébuleuse islamique, a été accusée par les régimes arabes d’être devenue un outil de propagande d’AQMI. Avec un essor important grâce à l’Internet, l’ex-GSPC a désormais à sa disposition le réseau des sites web islamistes radicaux pour poster ses communiqués et ses vidéos de propagande.

Al-Qaida possède désormais d’autres procédés pour renflouer ses caisses. Passant du racket et des enlèvements de citoyens algériens, libérés contre rançon, procédé classique et local, le groupe terroriste a élargi sa palette avec le kidnapping d’étrangers, plus au sud, dans le désert et le Sahel, obligeant les pays occidentaux à négocier avec lui et à payer d’importantes rançons en devises contre la libération des otages. AQMI considère ainsi ces otages comme des prisonniers de guerre.

Mais l’expansion stratégique d’Al-Qaida est soutenue aussi par sa quote-part de l’argent de la contrebande d’armes, de drogue et de métaux précieux sévissant dans la bande du Sahel, là où les frontières sont des passoires. AQMI tire aussi ses revenus du blanchiment d’argent, notamment dans le foncier et l’immobilier en Algérie et ailleurs.

Selon le gouvernement afghan, l’argent qui permet à Al-Qaida de mener ses combats proviendrait en grande partie de riches et pieux donateurs privés vivant dans la péninsule arabique. Il transite par la place financière de Dubaï, que les Américains n’ont curieusement jamais soumise à une inspection drastique : “Comment expliquez-vous qu’il n’y ait jamais d’attentat islamiste à Dubaï, terre d’Islam où l’alcool coule à flots?” C’est très simple: “Certains pays arabes du Golfe ont acheté leur quiétude aux groupes terroristes!” affirment des observateurs du fait islamiste.

Illustration de tout cela, une rançon de trois à cinq millions d’euros a été versée pour la libération au Mali du dernier otage détenu par AQMI, le Suisse Werner Greiner [Arrivé à Bamako le 14 juillet 2009]. Selon certaines sources, l’argent de la rançon a été transféré d’une banque située dans une capitale européenne vers une agence bancaire au Burkina Faso avant d’être remis à deux intermédiaires, dont l’identité n’a pas été révélée, qui l’ont ensuite remis aux ravisseurs.

Source : www.courrierinternational.com